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Les enseignants du Lycée L. Michel (Bobigny) boycottent l’envoyé de Sarkozy

Posté par promcomm le 24 février 2009

Depuis le mois de février , Richard Descoings , chargé de mission par Sarkozy , pour faire passer la réforme des lycées , est en tournée dans les établissements. On se souvient que le gouvernement s’est jusqu’ici avéré incapable de mener à bien cette réforme et a donc délégué cette tâche à Descoings. Sa tournée des lycées s’inscrit dans les manœuvres préparatoires à la relance de la concertation relative à cette réforme,

Pour avancer, Descoings ne fait pas mystère sur son objectif de s’appuyer sur les bonnes dispositions dont font preuve les organisations syndicales, avant tout la première d’entre elles, le SNES-FSU : « On redémarre à zéro (…), c’est-à-dire concrètement sur la base de l’accord qui avait été trouvé au mois de juin avec les organisations syndicales et les organisations lycéennes » (Le Monde, 13.I). Il faut savoir que le contenu de l’accord de juin (les fameux « points de convergence »), c’était la nécessité d’avancer vers l’autonomie des établissements, donc le démantèlement de l’Education Nationale – donc inévitablement aussi dans la voie de la remise en cause du statut des enseignants (voir ce qui se déroule dans l’Enseignament Supérieur où la « réforme » du status des universitaires est la conséquence logique de la LRU).

Accepter le cadre de cet accord, de la concertation Descoings, c’est donc, inévitablement, mettre la main dans l’engrenage du démantèlement-privatisation que défendent Sarkozy et Darcos.


Jeudi 12 février, R. Descoings était donc au lycée Louise Michel de Bobigny. A cette occasion, il était prévu que se tienne une réunion, avec les enseignants, les personnels et les lycéens.

Réunis en assemblée générale , le matin même , en présence d’un responsable du S3 du SNES-FSU, les enseignants, avec leurs syndicats, avaient décidé de refuser purement et simplement de participer à cette consultation, estimant à juste titre qu’il s’agissait d’une opération visant à les faire participer à la mise en œuvre de la réforme Darcos. Ils adoptèrent ensuite une lettre ouverte expliquant leurs motivations pour refuser de se prêter au jeu de Descoings et Darcos, re réaffirmant les revendications enseignantes : contre la réforme Darcos, pour le rétablissement des postes supprimés, de la carte scolaire….

Le soir, à l’arrivée de Descoings , les enseignants étaient présents hors de la salle de réunion et brandissaient des pancartes exprimant leurs revendications et exigeaient le retrait pur et simple de la réforme. Seuls une dizaine d’enseignants (sur les 110 du lycée) participèrent à la réunion.


En prenant cette initiative, les enseignants de Louise-Michel indiquent à tous ce qui doit être fait pour en finir définitivement avec la réforme de Sarkozy et Darcos. Il faut rompre avec ce gouvernement, refuser de collaborer avec lui.

C’est d’ailleurs ce mouvement qui se concrétise dans le supérieur – le refus du SNESup-FSU de participer aux pseudo négociations de Pécresse créée une situation intenable pour le gouvernement. Affaibli comme il l’est depuis le 29 janvier, celui peut difficilement espérer pouvoir passer en force – la collaboration des directions syndicales lui est indispensable. Et c’est justement cette absence de collaboration qui rend la situation de Pécresse si difficile.

On comprendra donc aisément pourquoi nous considérons que la défense de l’Enseignement public nécessite que dans le secondaire se multiplient les initiatives pour imposer que le SNES et la FSU rompent avec Sarkozy-Darcos, refusent la concertation Descoings.

L’exemple de Bobigny montre que ça n’a rien d’impossible.


Annexe : Lettre ouverte des enseignants du lycée Louise Michel de Bobigny à M. Richard Descoings à l’occasion de sa venue au lycée le jeudi 12 février 2009.

Monsieur Descoings,

Tout d’abord, nous voudrions dire que nous n’avons aucune hostilité personnelle à votre égard, ni en tant que directeur de l’Institut d’Etudes Politiques, ni en tant que Président de la Fondation Sciences Politiques. Pour autant, nous ne participerons pas à ce que nous considérons comme un simulacre de consultation avec le représentant de M. Sarkozy. Car, c’est bien mandaté par le Président de la République que vous organisez cette consultation nationale et que vous venez aujourd’hui dans notre lycée.

Pourquoi considérons-nous que cette consultation est un simulacre ?

La réforme voulue par M. Sarkozy et mise en œuvre par M. Darcos a déjà été discutée au cours du premier trimestre et ses grandes lignes ont été rejetées par les lycéens, les parents et par une grande majorité d’enseignants qui se sont exprimés dans la rue et par l’intermédiaire de leurs syndicats et de leurs organisations représentatives. Comme cela est devenu maintenant une habitude, le gouvernement, craignant une révolte contre sa réforme, a nommé un médiateur qui doit tenter quelques aménagements susceptibles d’amadouer l’opinion et de diviser les opposants pour faire passer au bout du compte ses objectifs fondamentaux.

Or, nous ne pouvons avoir aucune confiance en M. Sarkozy qui est devenu expert dans l’art du mensonge et de la communication.

Nous ne prendrons que trois exemples significatifs :

Comment avoir confiance dans un gouvernement qui dit vouloir engager une grande réforme de l’enseignement pour en améliorer le fonctionnement et commence par supprimer en quelques années des dizaines de milliers de postes dans la fonction publique et en particulier dans l’Education Nationale ? Dans le même temps, le ministre de l’Education annonce la création de 5000 emplois précaires aux contours non définis pour résoudre les problèmes de l’absentéisme sans en avoir discuté avec les représentants des personnels concernés.

Comment avoir confiance dans un gouvernement qui diminue les impôts sur les entreprises, diminue les recettes fiscales et demande à des établissements scolaires de chercher des financements auprès de ces mêmes entreprises ?

Comment avoir confiance dans un gouvernement qui affirme remettre en discussion son projet de réforme et annonce en même temps qu’il va « l’expérimenter » dans 100 lycées pour lesquels il trouve tout à coup 500 postes soit 5 en moyenne par établissement ? Il montre par là qu’on ne peut expérimenter une réforme sans augmenter l’encadrement pédagogique, ce que nous ne cessons de dire.

Pour que le dialogue s’engage sur des bases saines, il faudrait au moins que, au préalable, les postes supprimés soient rétablis.

Nous ne sommes pas contre les réformes…

Les enseignants du lycée Louise Michel, qui est un lycée classé « sensible », ont largement montré et montrent toujours qu’ils ne sont pas, loin de là, hostiles à toute réforme.

Depuis des années, nous nous sommes engagés dans des changements profonds de nos pratiques pédagogiques qui réclament un investissement important, lequel n’est souvent reconnu que de façon très marginale par l’institution. En donnant ainsi leur énergie et leur temps, les enseignants essaient de renouveler leur manière de travailler avec les élèves.

Ce qui est au cœur de nos préoccupations, c’est la volonté de ne pas sacrifier les enseignements fondamentaux tout en essayant de motiver le plus possible nos élèves et de leur donner les aides nécessaires à leur réussite.

… mais nous sommes opposés à un certain type de réforme.

Vous pouvez rappeler à Mr Sarkozy nos principales demandes qui ont déjà été exprimées par nos organisations syndicales

  • Nous demandons le rétablissement des postes supprimés et refusons toute réforme qui se traduirait encore par des suppressions de postes, par l’augmentation des heures supplémentaires ;
  • Nous demandons la baisse des effectifs, principal moyen d’aider nos élèves à mieux travailler, la diversification des situations pédagogiques par un travail en petits groupes, une véritable aide individualisée assurée par des professionnels ;
  • Nous demandons un aménagement du baccalauréat mais à condition qu’il reste un diplôme de valeur nationale et offre des garanties d’impartialité ;
  • Nous refusons la concurrence entre les lycées qui est une catastrophe pour nos zones sensibles et accentue la ségrégation sociale en enlevant à certains établissements leurs meilleurs éléments ;
  • Nous demandons le rétablissement d’une carte scolaire pouvant garantir une mixité sociale ;
  • Nous demandons que l’Etat renforce son engagement financier dans l’Education et que cessent les incitations à rechercher des financements privés.

Nous ne sommes pas dupes de la manœuvre gouvernementale. Ce gouvernement, sous couvert de réforme, a pour objectif le démantèlement des services publics. Les projets Darcos font partie de cette politique, c’est pourquoi nous demandons d’abord leur retrait.

Nous refuserons évidemment d’expérimenter la réforme à la prochaine rentrée et nous serons dans l’action avec les élèves et les parents pour défendre un véritable service public d’éducation au service de nos élèves : le meilleur investissement qu’une société puisse choisir pour son avenir.

Une réponse vers “Les enseignants du Lycée L. Michel (Bobigny) boycottent l’envoyé de Sarkozy”

  1. alala a dit

    j’ai travaillé dans ce lycée et je suis fière qu’il résiste aujourd’hui contre la politique désastreuse de Darcos.
    Le lycée de demain sera composé de personnels précaires non titularisés, c’est ça qui nous attend, et il n’y aura plus que des gens comme moi, des vacataires, des précaires, des jeunes payés pour une semaine, deux mois ou deux jours, payés une misère (et avec un mois de retard!!). Le but de Darcos, est-ce de détruire l’éducation des jeunes, précariser les enseignants, les obliger à bâcler leurs cours parce qu’ils seront trop épuisés face à des gamins certes gentils mais pas toujours faciles?
    de même la réforme de la formation des jeunes enseignants, on va envoyer des jeunes gens de 23-24-25 ans, sans aucune formation de terrain, dans des lycées de zone, ils vont se faire bouffer tout cru, ou se suicider.
    courage donc aux enseignants, qui sont loin d’être des faignants, courage aussi aux autres personnels des lycées qu’on oublie souvent: IATOSS, surveillants, assistants pédagogiques, etc.

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