Un regain d’agitation sociale

Publié le 14 février 2005

Depuis quelques semaines s’exprime un regain du mouvement de revendications et de manifestations des travailleurs et de la jeunesse.

Le 18 janvier, les salariés de la Poste ont fait grève contre le projet de privatisation de cette entreprise publique, privatisation qui doit s’accompagner d’une fermeture de milliers de bureaux de poste. Le 19 janvier, une puissante mobilisation des cheminots en grève contre la suppression d’environ 4 000 emplois cette année. Le 20 janvier, une grève fortement suivie dans la fonction publique d’Etat, territoriale (communes, départements) et hospitalière contre une perte du pouvoir d’achat de l’ordre de 5% sur les quatre dernières années. C’est chez les enseignants que cette grève a été la plus puissante, il est vrai que l’Education nationale a déjà été atteinte par le transfert des effectifs techniques aux collectivités territoriales et par la baisse programmée des effectifs ; et que maintenant elle est sous la menace d’une nouvelle réforme qui touche aux fondements mêmes de l’école.

Le 5 janvier, journée de manifestation interprofessionnelle contre le projet gouvernemental d’aggravation de la flexibilité du temps de travail, d’augmentation des heures supplémentaires pouvant porter la semaine de travail à 40 heures, voire 60 (ce projet est à rapprocher de celui de révision de la directive européenne sur le temps de travail qui prévoit qu’il sera possible de travailler au maximum 65 heures par semaine). Le gouvernement affirme cyniquement que son intention est de donner la liberté de « travailler plus pour gagner plus » dans un pays où les salaires sont bloqués depuis des années et où surtout le nombre de chômeurs et des travailleurs en situation précaire est de l’ordre de 6 millions. Environ 600 000 travailleurs du public et du privé ont défilé dans les principales villes du pays pour exprimer leur refus de ce recul social mais le gouvernement est resté sourd.

Le 10 février, 100 000 lycéens sont descendus dans la rue pour exiger le retrait pur et simple de la nouvelle réforme de l’école. Et fait nouveau, le gouvernement recule sur un point : il retire la réforme du baccalauréat, diplôme sanctionnant les études à la sortie du lycée.

Certes une hirondelle ne fait pas le printemps, mais une chose est certaine la période actuelle est marquée par une agitation sociale réelle contre la politique de régression sociale généralisée impulsée par le gouvernement Chirac-Raffarin, le MEDEF (organisation du grand patronat) et l’Union européenne. A ces moments importants de la mobilisation il faut ajouter une multitude de grèves et d’actions dans les entreprises privées où le patronat a le plus souvent recours à la répression contre les militants. Ces salariés affrontent la froide dictature des actionnaires qui poursuit le processus de licenciements et empoche les réductions d’impôts et de cotisations sociales que lui octroie largement le gouvernement, comme l’atteste la loi Borlo dite de cohésion sociale qui s’apparente plus du brancard social que d’une lutte efficace contre la précarité et la pauvreté qui s’étendent dans le pays.

Au printemps 2003, le gouvernement Chirac-Raffarin a tenu bon face à un mouvement massif de grève qui s’est déroulé sur quatre semaines dans la fonction publique contre la réforme des retraites qui allongeait de 37,5 à 40 ans de travail pour obtenir une retraite en baisse. En 2004, le même gouvernement a pu faire passer sans résistance une réforme de l’assurance maladie qui réduit les remboursements et ouvre la voie à la privatisation progressive d’une des plus importantes conquêtes ouvrières. Toujours en 2004, malgré la résistance des gaziers et électriciens, le gouvernement a ouvert le processus de privatisation de EDF-GDF.

Certains observateurs avisés de la vie sociale avaient diagnostiqué une défaite du monde du travail et par voie de conséquence une voie royale permettant au gouvernement Chirac-Raffarin de conduire sa politique jusqu’aux échéances électorales capitales de 2007 (élections présidentielle et législatives). C’était oublier un peu trop vite que la lutte des classes est un chemin sinueux avec des hauts et des bas ? C’était oublier un peu trop vite que les travailleurs avaient lourdement sanctionné les partis de gauche au gouvernement lors du 1er tour de l’élection présidentielle de 2002. C’était oublier un peu trop vite que les mêmes électeurs avaient infligé une cuisante défaite aux partis gouvernementaux lors des élections régionales de 2004 (seulement 2 des 22 régions sont gouvernées par la droite) rendant ainsi ce gouvernement minoritaire et démocratiquement illégitime.

Dans ces deux derniers cas, comme dans les luttes en cours actuellement, les travailleurs et la jeunesse ont exprimé leur ras-le-bol vis-à-vis d’une politique au service exclusif du capital. Les luttes qui prennent corps en ce moment contre la politique gouvernementale ne sont pas distinctes de l’action politique engagée pour le vote NON au projet de « constitution européenne », car cette dernière en voulant constitutionnaliser la liberté de la concurrence, c’est-à-dire la liberté du capital, constitutionnalise la politique qui s’abat sur les travailleurs et la jeunesse. La prise de position du Comité confédéral national de la CGT en faveur du rejet de cette « constitution » relayant, contre l’avis de la direction confédérale, l’opinion de l’écrasante majorité des syndiqués est un sérieux point d’appui pour les luttes sociales en cours.

Dire résolument NON à la « constitution européenne », c’est dire résolument NON à la politique du gouvernement Chirac-Raffarin et du MEDEF. L’enjeu politique est considérable, l’issue dépend du rapport de force social et politique en construction. Il est possible de botter le cul à tous les gérants du capitalisme.

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