Les Afghans entre l’enclume de l’OTAN et le marteau taliban

guerreLa fin de l’année 2009 marque l’achèvement de 7 années de guerre en Afghanistan. En 2001, plusieurs centaines d’hommes des forces spéciales américaines avaient suffit à envahir l’Afghanistan, à mener la conquête du pays en quelques semaines et à susciter la chute du régime rétrograde taliban. 7 ans plus tard, alors qu’une conférence internationale sur l’Afghanistan s’est tenue à Londres le 28 janvier 2010, l’heure n’est plus au triomphalisme.

En effet, les Talibans ont désignés dans 33 des 34 provinces afghanes un gouvernement local parallèle. Un gouvernement central taliban est également prêt à reprendre les rênes du pays dans l’hypothèse de la défaillance de l’administration Karzai. Les institutions talibanes disposent d’un budget annuel de près de 200 millions de dollars dont une partie est injectée dans l’économie locale afin de démontrer la vacuité et la corruption du gouvernement Karzai. Le géopolitologue Gérard Challiand* observe que « si les Talibans progressent c’est parce qu’ils rendent la justice même s’il s’agit d’une justice frustre », se faisant ainsi les détenteurs et les exécuteurs d’une prérogative étatique. Anthony Cordesman, du Center For Strategic and International Studies (CSIS), estime, quant à lui, que le Gouvernement afghan et l’OTAN ont perdu le contrôle de 30% à 80% du territoire. Les Talibans capturés par les troupes de l’OTAN et « débriefés » dans les prisons secrètes comme le centre de détention Parwan de l’aéroport de Bagram, sont certains de leur succès prochain. « Nous sommes sur la voie de la victoire, et nous reprendrons bientôt le pouvoir » disent-ils à celles et ceux qui les torturent.

Dans un rapport au Conseil de sécurité (S/2009/674) en date du 28 décembre 2009, la Mission d’Assistance des Nations Unies à l’Afghanistan (MANUA) souligne, pour sa part, l’élargissement du fossé entre la population et le Gouvernement afghan. Le divorce est d’autant plus important que la population subit tant la violence des insurgés que celle de l’OTAN. L’exemple de la bavure de Kunduz en témoigne. Sur demande des troupes allemandes, 142 civils ont trouvé la mort dans un bombardement exécuté par l’aviation américaine, le 4 septembre 2009. Ces civils, à la suite de l’attaque d’un convoi par des insurgés, ne faisaient que récupérer l’essence des camions, afin de la revendre pour survivre. Le Chef d’Etat Major des Armées françaises (CEMA), le Général Jean-Louis Georgelin* peut donc affirmer que « les bombardements au sol, mal maîtrisés ruinent nos efforts et sapent la volonté de nos nations, chez nous ». Ces bombardements engendrent donc un double effet en Afghanistan mais aussi dans les États de la coalition. La députée UMP du Nord, Françoise Hostalier* qui s’est rendue à plusieurs reprises en Afghanistan, note elle aussi que «  certains de nos partenaires ne se conduisent pas très bien en Afghanistan ». Elle perçoit également « une spirale sécuritaire conduisant à des dépenses plus importantes pour se sécuriser que pour les afghans ». De fait, sur les 325 milliards de dollars qu’a coûtés la guerre en Afghanistan, à peine 10% ont été utilisés pour la reconstruction.

Le nombre d’afghans rentrant d’eux-mêmes au pays (sans faire l’objet d’une expulsion) se ressent de cette situation. Il n’aura été que 54 272 personnes en 2009. Au point que l’ONU écrit, qu’en 2009, le rapatriement d’Afghans réfugiés dans des États voisins a été considérablement inférieur à l’année 2008. Au Pakistan, demeurent encore 1.5 million de réfugiés afghans. Ils y sont peu à peu rattrapés par la guerre à travers les bombardements clandestins américains du Joint Special Operations Command et de ses drones d’attaque.

Justement sur le plan militaire, la lecture du rapport précité S/2009/674, laisse apparaître que les incidents recensés au cours du dernier trimestre 2009 ont été au nombre de 1244, soit 65% de plus qu’au cours de la même période de 2008. D’août à octobre 2009, 784 civils ont perdu la vie, soit un accroissement de 12% par rapport à la période équivalente de 2008. En 2009, 2412 décès de civils dus au conflit ont été dénombrés par la MANUA, soit une augmentation de 14% par rapport à 2008.

Le Commandement central de l’armée américaine (UNCENTCOM) tente de remettre en cause la réalité de cette perte de contrôle en signalant que 70% des attaques talibanes ont lieu sur 10% du territoire. Certes, il y a bel et bien une concentration des activités de l’insurrection sur une partie du territoire. Cependant, l’ensemble de l’Afghanistan est touché et notamment la capitale Kaboul où tout fait y revêt une force symboliquement significative : que ce soit la tentative d’attentat contre Hamid Karzai, le 27 avril 2008 ; les attentats, du 11 février 2009 contre deux ministères et la prison de Kaboul ; l’attaque contre le contingent italien du 17 septembre 2009 ayant entraîné la mort de 6 soldats italiens ; ou encore l’action du 18 janvier 2010 quelques jours avant la conférence de Londres, opérée au moment même où certains nouveaux ministres (proches de l’insurrection) prêtaient serment. Toute aussi symboliquement significative, est l’attaque contre la base Chapman de la CIA, proche de Khost, le 30 décembre 2009, qui s’est traduite par la mort de 5 membres de la CIA, de 2 mercenaires de Xe (Blackwatter) et d’1 membre des services de renseignement jordaniens. Porter le feu au cœur même d’une base de la CIA atteste de certaines capacités.

L’évolution du nombre d’Improvised Explosive Device (IED ou engins explosifs improvisés) en dit long sur l’aptitude des adversaires de l’OTAN. En 2009, 7 228 IED ont été comptabilisés, contre 2718 en 2007 et 81 en 2003. En 6 ans, ils ont donc été multipliés par 89 ! La progression quantitative se double d’un processus qualitatif équivalent. Les IED de moins de moins de 12 kilos représentaient 60% du nombre total d’IED en mai 2008, contre moins de 20% en décembre 2009. Le CSIS regrette ainsi que les IED de moins de 12 kilos aient « dramatiquement décru ». Cette évolution de la masse des IED traduit diverses choses. Déposer un IED de 10 kilos est relativement aisé et discret. En revanche, installer un IED de 500 kilos est une autre chose, bien plus sophistiquée et dangereuse. La facilité à déployer de tels IED serait donc la conséquence d’une marge de manœuvre et d’une organisation des insurgés sur le terrain plus importantes qu’auparavant. Au demeurant, en augmentant considérablement la charge, les insurgés provoquent des dégâts plus sévères. Un IED contenant 150 kilos d’explosif peut projeter un véhicule tactique léger comme le Lince (4,6 tonnes) à plus de 25 mètres de distance. Cette technique est peu chère d’autant que l’Afghanistan, après plusieurs décennies de conflits, regorge de munitions de tous types. Elle permet de détruire ou d’endommager pour un coût ridicule des matériels de la coalition forts onéreux. Le général Elrick Irastorza, Chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre (CEMAT) française remarque qu’un dispositif à 200 € est à même de détruire un matériel coutant jusqu’à 8 millions d’€. IED, usage intensif et conditions climatiques conduisent à une faible disponibilité des matériels et à leur renouvellement plus fréquent. Ainsi, 50% des véhicules britanniques déployés en Afghanistan ne sont pas opérationnels ! En ce début d’année 2010, les Etats-Unis viennent d’acheter près de 1000 camions surblindés à la société Oshkosh pour 364 millions de dollars. Ils ont également commandé 2000 M-ATV blindés et dotés de brouilleurs d’IED pour la somme de 1,05 milliard de dollars. La France n’est pas en reste avec l’achat de 53 chenillettes blindées Bvs10 très prisées des troupes présentes en Afghanistan.

Il n’y pas que les matériels qui subissent les IED. 70% des pertes de la coalition sont leur fait. En 2009, 506 soldats de l’OTAN et alliés ont été tués contre 295 en 2008, soit une augmentation de 71%. 310 des tués étaient américains en 2009 contre 155 en 2008, soit une augmentation de 100%. Les pertes américaines croissent plus vite que celles des alliés des Etats-Unis : Albanie, Allemagne, Arménie, Australie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie, Bulgarie, Canada, Croatie, Danemark, Emirats Arabes Unies, Espagne, Estonie, Finlande, France, Géorgie, Grande-Bretagne, Grèce, Hongrie, Islande, Italie, Jordanie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Singapour, Slovaquie, Slovénie, Suède, Tchéquie, Turquie, Ukraine, Yougoslavie. Sur les 188 000 militaires et policiers afghans, un millier a péri en 2009, contre 695 en 2008 et 757 en 2007.

Après 7 années de guerre, des comparaisons peuvent être établies avec l’intervention soviétique. L’Union soviétique avait envoyé 120 000 hommes, la coalition 71 030 soldats. Moscou eût 9367 tués, la coalition 1441 (dont 868 américains et 219 britanniques). L’armée rouge put s’appuyer sur l’Afghan National Army et ses 240 000 militaires. L’ANA de 2010 ne dispose que de 98 000 recrues. L’Union soviétique avait engagé 650 hélicoptères, la coalition seulement 216 (dont 13 ont été perdus officiellement depuis 2001). Une autre donnée ne doit pas être négligée : l’Afghanistan est passé entre temps de 15 millions à 30 millions d’habitants.

Même dans le domaine aérien, la suprématie otaniene est remise en cause. Pourtant, la couverture aérienne est assurée par près de 350 vols quotidiens, consommant 20 000 tonnes de carburant. Au demeurant, les Talibans de 2010 n’emploient pas contrairement aux moudjahidines des années 80 des missiles anti-aériens qui ont fait si mal à l’aviation soviétique. Malgré cette supériorité aérienne totale, des hélicoptères non identifiés ont réussi à héliporter des groupes d’hommes armés dans les provinces de Balhk, Baghlan, Kunduz et Samagan, dans le Nord. Pour ce faire, il faut disposer de capacités financières et logistiques sérieuses. Dans un autre registre, les insurgés ont réussi à pirater les images prises par les drones américains. Par le biais de cette méthode, ils ont retourné les chiens de garde robotisés US contre leurs maîtres. En effet, les drones leurs fournissaient une cartographie précise de la présence des troupes de l’OTAN. Il est vrai que ce détournement de la prééminence technologique de la coalition a été permis par les conditions spécifiques à l’Afghanistan. Comme le souligne le Général Douglas Raaberg*, commandant de la composante aérienne américaine en Afghanistan : « L’absence de réseau de communication et internet a contraint l’armée américaine à des communications par satellites », moins sécurisées. Le Colonel français Cyril Carcy*, ancien chef du détachement SIDM Harfang (drone) à Bagram constate lui aussi que « le caractère limité de la bande passante (en Afghanistan) a contraint à l’usage de vieux satellites ».

Nous sommes donc très loin de l’image d’Epinal d’une guérilla afghane faîte de vieux paysans aux visages burinés, incultes, ne connaissant que leur montagne et ne disposant que de AK47 et de RPG. La guerre d’Afghanistan est aussi celle d’une techno-guérilla asymétrique, prenant chaque jour qui passe davantage de poids. En 2004, il ne restait plus que 400 Talibans selon l’OTAN. Aujourd’hui cette organisation militaire les évalue à 30 000. Mais qui sont ces 30 000 hommes ? Pour Jean-Louis Georgelin* (CEMA), « il n’y a pas d’armée talibane, même s’il y a une vraie guerre de contre insurrection ». Alain Boinet*, fondateur de l’ONG « Solidarités » (très discrète) présente en Afghanistan depuis 30 ans, observe que « même s’il y a encore des terroristes d’Al Qaida, on se bat contre des insurgés nationalistes ». La députée Françoise Hostalier* appréhende les mécanismes qui fournissent une réserve humaine permanente aux Talibans : « 45% des afghans ont moins de 15 ans et les seuls qui tiennent un discours valorisant auprès des jeunes afghans ce sont les Talibans ». Comme d’autres, le ministre de la défense britannique, Bill Rammell, démonte le fumeux déterminisme belliqueux d’essence religieuse qui conduirait tout Afghan ou tout Musulman à être un terroriste potentiel. Pour Rammell, « 20% des insurgés sont de véritables Talibans et 80% le sont pour survivre ». Analyse logique quand il apparaît que les Talibans louent les services de paysans 50 dollars par jour, alors que le salaire journalier d’un fonctionnaire n’est que deux dollars. Le Ministre des affaires étrangères indien Krishna n’a pas goûté le distinguo puisqu’il a déclaré : « il ne devrait y avoir aucune distinction entre bon taliban et un mauvais taliban ».

A la vue de cette rapide analyse situationnelle de l’Afghanistan en ce début 2010, il est possible comme Arnaud de Borchgave dans le Washington Times du 2 février 2010 de déclarer : « la question aujourd’hui n’est plus comment gagner la guerre, mais comment y mettre fin ».

Ce fût d’ailleurs l’objet principal de la conférence de Londres du 28 janvier 2010, succédant à celles de Bonne (2001), Tokyo (2002), Paris (2008), La Hague (2009) et intervenant avant celle de Kaboul fin 2010 (s’il est possible qu’elle ait lieu d’ici là dans la capitale afghane).

De la conférence de Londres devait émerger un Afghanistan sécurisé, prospère, et démocratique, caractérisé par une bonne gouvernance (sans corruption) et l’effectivité des services étatiques à la population.

Pour y parvenir, les 77 États participants ont défini une approche globale civile et militaire reposant sur trois points :

– Développer les institutions étatiques et économiques afghanes

– Acheter financièrement et politiquement des fractions de l’insurrection pour l’affaiblir

– Créer des espaces sous contrôle militaire et politique de la coalition, tout en maintenant une pression coercitive afin de négocier un accord politique

Depuis 2001, la guerre en Afghanistan a coûté près de 325 milliards de dollars. Seuls 32 milliards ont été affectés à la reconstruction et à la population, soit un peu plus de 100 dollars par an et par Afghan. Ce n’est pas avec une telle somme que l’on peut reconstruire un Etat et mettre en place des services publics de base. L’Etat afghan est exsangue financièrement au point qu’il réussit à peine à financer 15% de son budget. Comme l’affirme Gérard Challiand*, « les conditions générales d’une reconstruction promise n’ont jamais été réalisées ». Il ajoute que réussir en Afghanistan passe par « un changement des conditions de vie de 18 millions de ruraux ». Alain Boinet*, fin connaisseur de l’Afghanistan note que l’espérance de vie y est de 43 ans ; que le taux de mortalité infantile atteint 25% ; que 60 000 femmes y meurent chaque année, en accouchant ; que 78% de la population n’a pas accès à l’eau potable. Lors de la conférence de Londres, 20 milliards de dollars ont été promis pour la reconstruction, soit 666 dollars par Afghan… L’Afghanistan risque de rester dans le haut du classement des Etats où les conditions de vie de la population sont les plus mauvaises. Mais pour certains Afghans, les choses s’amélioreront.

En effet, la conférence de Londres a adopté le principe d’acheter financièrement et politiquement des fractions de l’insurrection (qu’elles soient talibanes ou non). Avant même la conférence de Londres, des négociations ont eu lieu en plein mois du Ramadan, du 24 au 27 septembre 2009, à la Mecque entre le Gouvernement Karzai et des représentants de l’insurrection. Mi janvier 2010, le gouvernement Karzai a intégré un des séides de Gulbuddin Hekmatyar, chef du Parti islamique. Abdul Hadi Arghandiwal a donc été nommé ministre de l’Economie. Robert Gates, le 22 janvier 2010, reconnaissait que les Talibans font partie du paysage politique afghan. Deux jours avant Londres, le Conseil de sécurité commettait un geste fort en direction des Talibans. Le 26 janvier, il retirait 6 responsables Talibans d’une liste de personnes soumises à des sanctions en vertu de diverses de ses résolutions : 1267 (1999), 1333 (2000), 1390 (2002), 1455 (2003), 1526 (2004), 1617 (2005), 1735 (2006), 1822 (2008), 1904 (2009). Ces résolutions visaient des individus associés aux Talibans ; des entités, groupes et entreprises associés aux Talibans ; des individus associés à Al Qaida ; des entités, groupes et entreprises associés à Al Qaida ; soit un total de 500 noms dont 142 Talibans. Ces personnes, groupes et entreprises se sont vues privées depuis 1999 et 2001, notamment de leurs avoirs et de leur liberté de circuler à l’international. En entendant, la demande d’Hamid Karzai, le Conseil de sécurité a donc ouvert la porte au ralliement d’une partie de l’insurrection. D’autant que les personnes qui disparaissent de cette liste ne sont pas de petits poissons barbus. Il s’agit de l’ancien ministre taliban des affaires étrangères, Wakil Ahmad Mutawakkil ; de l’ancien ministre adjoint du commerce taliban Fazl Mohamed Faizan Qamarudin ; de l’ancien ministre des questions frontalières, Abdul Hakim Monib Mohammad Nazar (gouverneur de la province d’Uruzgan depuis 2007) ; de l’ancien ministre de la planification taliban Mohammad Musa Hottak Abdul Mehdi (parlementaire représentant la province de Wardak depuis 2007) ; et du responsable taliban du centre de presse du ministère des affaires étrangères Shals Us Sfa Aminzai.

Tout était donc en place à Londres pour l’approfondissement d’un processus visant à permettre à une partie des alliés des Talibans ou à des Talibans de revenir au pouvoir et de bénéficier de prébendes. En effet, à Londres, les 77 Etats présents se sont mis d’accord pour financer un fonds de 500 millions de dollars (360 millions d’euros) qui favorisera la réintégration sociale et économique des insurgés. Un consensus s’est dégagé autour du constat de Karzai : « il n’y a pas de solution purement militaire à l’insurrection ». Sa position n’est d’ailleurs pas si éloignée de celle du Général Jean-Louis Georgelin* pour qui l’Afghanistan constitue « une crise qui ne se réglera pas uniquement par des voies militaires ». Or, la voie politique a été jusqu’à ce jour un échec, même si l’ambassadeur afghan en France, Omar Samad*, estime à 5000 (soit 15% des Talibans), les insurgés qui ont bénéficié, au cours des 5 dernières années d’un programme de retour à la vie civile. Selon l’ONU, les effectifs ont été bien moindres : 170 en 2009. Quoi qu’il en soit Omar Samad* envisage désormais une « réconciliation avec ceux qui abandonnent la violence ». Il ajoute que « la réconciliation ne se construit pas uniquement par le dialogue. Il faut d’autres mécanismes politiques, économiques et sociaux. Le Mollah Omar ne viendra pas à la table des négociations, mais d’autres oui ». Mais de là comme Alain Boinet* vouloir « réconcilier les trois grandes familles politiques afghanes : les communistes, les islamistes non terroristes et les pro-occidentaux », il y a un gouffre. Certains peuvent toujours rêver à une Jirga (assemblée tribale) de la paix…

Le troisième point d’accord à Londres a consisté dans le maintien de la coercition militaire. Hilary Clinton Clinton a ainsi affirmé à l’issue de la Conférence : « nous continuerons nos actions militaires, mais dans le même temps nous allons créer des opportunités pour les Talibans de quitter le champ de bataille (…) pour que ces Talibans puissent réintégrer la société ». Pour assurer ce volet coercitif, l’Afghan National Army verra ses effectifs passer à 171 600 hommes contre 98 000 actuellement et l’Afghan National Police à 134 000 agents contre 90 000. Certains d’entre eux seront des repentis talibans. 4 000 instructeurs étrangers (dont 400 policiers originaires de l’Union européenne) seront chargés de leur formation et de leur entraînement. 30 000 hommes de l’OTAN et des autres alliés arriveront en Afghanistan. Beaucoup proviendront des troupes que l’OTAN entend retirer du Kosovo. Sans attendre les nouvelles troupes afghanes et de la coalition, l’opération la plus importante depuis 2001 a été initiée par les forces américaines et britanniques, réunissant 15 000 hommes dans le Helmand pour écraser au cours d’une campagne de 6 à 8 semaines 1000 combattants dont 150 étrangers afin de créer des espaces sous contrôle militaire et politique de la coalition, tout en maintenant une pression coercitive afin de négocier un accord politique.

En cette année 2010, la population afghane se retrouve donc plus que jamais prise entre le marteau de l’OTAN et l’enclume des Talibans. Ces derniers n’ont jamais été aussi forts depuis 2001. Par le biais d’un processus politique et financier, ils devraient pour certains revenir dans le jeu de pouvoir afghan. Gageons qu’ils ne manqueront pas de tenter une nouvelle fois d’imposer leur idéologie réactionnaire et totalitaire. Quant à l’OTAN, engluée dans la pseudo-guerre contre le terrorisme (GWOT), elle va bénéficier de moyens supplémentaires financiers et militaires, détournés des besoins sociaux. Par un de ses curieux hoquets dont elle à le secret, l’histoire retiendra donc que pour sortir d’Afghanistan, l’OTAN tout en les combattant s’en est remise aux Talibans. Les jours meilleurs du peuple afghan ne sont pas pour demain…

Karim Lakjaa

* Citation réalisée à partir des notes de l’auteur prises lors du colloque organisé par le CESA à l’école militaire le 1er décembre 2009, intitulé « le fait aérien en Afghanistan »

FILMOGRAPHIE : « la 9ème compagnie », de Fyodor Bondarchuk, l’histoire d’un groupe de jeunes soviétiques envoyés en Afghanistan. Un regard sur le passé et un éclairage sur ce qui se passe aujourd’hui en Afghanistan.

Du Yémen, au Maroc en passant par l’Egypte et l’Algérie

La situation économique du Yémen n’a cessé de se dégrader : production pétrolière déclinante (elle représente 75% des recettes étatiques) ; démographie galopante ; problèmes d’approvisionnement en eau ; déficit budgétaire aggravé. C’est dans ce contexte qu’une rébellion houtiste / zaydiste a lieu au Yémen. Les médias semblent la découvrir, alors qu’elle couve depuis de nombreuses années.

Elle est le résultat indirect des attentats du 11 septembre 2001, à la suite desquels le gouvernement yéménite s’engage dans une politique de soutien sans borne aux Etats-Unis de Bush. En janvier 2002, un député du Hizb el Haq, Hussein al Houthi (d’où la dénomination Houtiste) appelle « à combattre l’hégémonie américaine dans le monde arabe et musulman ». Cela en est trop pour le régime de Sanaa.

Depuis 2004, cette crise revêt une dimension internationale avec l’intervention saoudienne et l’appui logistique très discret de la France. En effet, depuis 2004, dans le cadre du projet « Gouvernance démocratique et sécurité » (GDS), la direction de la coopération militaire et de défense (DCMD) est présente au Yémen. Un accord technique a même été signé le 27 février 2005 entre la France et le Yémen.

En 2009, pour éviter une extension de la rébellion d’obédience chiite, accusée d’être soutenue par l’ennemi perse iranien, l’Arabie saoudite, chancre du sunnisme (voudrait-on ressusciter les fractures du monde musulman entre chiites et sunnites comme cela a été pratiqué en Iraq depuis 2003 pour l’affaiblir que l’on ne s’y prendrait pas autrement) est intervenu massivement. 250 villages saoudiens ont été évacués de force avec leurs 175 000 habitants, dont certains de confession chiite. Une zone tampon de 11 kilomètres (comme Israël au Liban, la Turquie au Kurdistan iraquien) a été créée. Puis l’Arabie saoudite a procédé à des bombardements aériens et au moyen d’artillerie lourde. L’Arabie saoudite a également mis en place un blocus naval contre le port de Chouqrah, au motif de la lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden. Dernier pierre de l’édifice, le Conseil de coopération du Golfe qui regroupe six Etats pétroliers de la région (Arabie saoudite, Barhain, Emirats Arabes Unis, Koweït, Qatar et Oman), a décidé le 15 décembre 2009 de la création d’une force de réaction rapide. Le 17 décembre 2009, plusieurs attaques contre des groupes d’insurgés au Yémen ont été opérées en présence de forces spéciales américaines.

Parallèlement les Etats-Unis vont doubler leur aide militaire au Yémen la portant à 140 millions de dollars. La Grande-Bretagne apportera, quant à elle 22.5 millions d’euros en 2010 pour la création d’une force anti-terroriste.

De manière plus globale, on constate l’équipement de forces armées arabes impliquées aux côtés de l’OTAN dans le cadre de la pseudo-guerre contre le terrorisme. En remerciement de la collaboration nouée entre services égyptien et israélien (Unité 8200) et la NSA (USA), le Caire devrait recevoir 24 chasseurs F16 (3 milliards de dollars), comme ceux utilisés en Afghanistan ou en Iraq. De même, le Maroc devrait également percevoir 24 F16. Quant à l’Algérie, elle va obtenir au prix de 5 milliards de dollars, une centaine d’hélicoptères dont une quarantaine de « Merlins » identiques à ceux employés par la Grande-Bretagne en Afghanistan. L’Algérie disposera alors de la deuxième flotte d’hélicoptères au monde (la 1ère étant britannique) à vocation anti-terroriste et contre-insurrectionnelle.

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